La fin du thermique neuf en Martinique, Guadeloupe, Guyane et a la Réunion !!!

GTMAG.fr — Article

 

MOBILITÉ / TRANSITION ÉNERGÉTIQUE

 

2035 : LA FIN DU THERMIQUE NEUF EN MARTINIQUE, GUADELOUPE, GUYANE ET LA RÉUNION — 

CE QUI CHANGE VRAIMENT POUR NOUS

 

L'Europe a longtemps agité l'échéance 2035 comme une date fatale pour les moteurs thermiques. Aujourd'hui, ce calendrier a été assoupli, les règles ont changé — mais l'obligation de décarboner notre mobilité, elle, n'a pas disparu. Et pour nos quatre départements ultramarins, la question prend une dimension particulière. Territoire insulaire, dépendance aux importations, réseau de recharge encore insuffisant, prix des véhicules électriques hors de portée pour une large partie de la population... En Martinique, en Guadeloupe, en Guyane et à La Réunion, la transition énergétique automobile n'est pas qu'une affaire européenne. C'est notre affaire, dès maintenant. Voici ce que vous devez savoir !!!

 

2035 : CE QUE L'EUROPE A VRAIMENT DÉCIDÉ

 

L'interdiction totale ? Elle n'est plus au programme

Rappelons les faits. En octobre 2022, le Parlement européen et le Conseil de l'Union européenne avaient acté une règle simple et radicale : à partir de 2035, il ne serait plus possible de commercialiser en Europe des voitures et des utilitaires légers neufs à motorisation thermique. Objectif : réduction de 100 % des émissions de CO2 des flottes neuves par rapport aux niveaux de 1990. Un tournant historique, présenté comme irréversible.

Mais le 16 décembre 2025, la Commission européenne a officialisé un assouplissement majeur. Sous la pression de l'Allemagne, de l'Italie et — dans une moindre mesure — de la France, l'interdiction pure et simple a été abandonnée. Le nouvel objectif fixé aux constructeurs est une réduction de 90 % des émissions de CO2 de leurs flottes neuves en 2035, et non plus de 100 %.

Ce qui change concrètement : les 10 % d'émissions résiduelles pourront être compensés, notamment par l'utilisation d'acier à faible teneur en carbone produit en Europe, ou par le recours aux biocarburants et aux e-fuels (carburants synthétiques produits à partir d'électricité décarbonée). En pratique, cela ouvre la porte au maintien de véhicules hybrides rechargeables et de modèles à prolongateur d'autonomie sur le marché neuf au-delà de 2035, même si leur part restera très limitée.

Ce qui ne change pas : la direction de marche

Ne nous y trompons pas : cet assouplissement ne signifie pas le retour en grâce du tout-thermique. L'objectif affiché de l'Union européenne reste la neutralité carbone en 2050, et la décarbonation du transport routier en fait partie intégrante. Le commissaire européen Stéphane Séjourné l'a dit explicitement : « L'objectif reste le même, les flexibilités sont des réalités pragmatiques au vu de l'adhésion des consommateurs et de la difficulté des constructeurs. »

Par ailleurs, rappelons un point essentiel : l'interdiction de 2035 ne concernera que les véhicules neufs. Il restera possible d'acheter un véhicule thermique d'occasion après cette date. Mais le parc neuf, lui, bascule progressivement vers l'électrique et les motorisations décarbonées — avec ou sans sursis partiel pour les hybrides.

Pour soutenir cette transition, la Commission engage 1,8 milliard d'euros dans un dispositif d'aide à l'implantation d'usines de batteries en Europe (le « Battery Booster »), dont 1,5 milliard sous forme de prêts à taux zéro.

Sources : L'Argus (16 déc. 2025) ; Révolution Énergétique (19 déc. 2025) ; INSEE blog (oct. 2024) ; IZI by EDF.

LES DOM FACE À LA TRANSITION : UN CONTEXTE HORS NORME

Une loi nationale qui fixe des objectifs ambitieux depuis 2015

Avant même le débat européen de 2035, c'est la loi française de Transition Énergétique pour la Croissance Verte de 2015 qui a fixé pour les départements et régions d'Outre-mer (DROM) un objectif ambitieux : atteindre l'autonomie énergétique — y compris dans le domaine des transports — à l'horizon 2030. Un objectif qui s'applique directement à la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane et La Réunion.

Dix ans plus tard, le constat est sévère. Le taux de dépendance énergétique dans les DOM est resté stable, au-dessus de 80 % depuis le début des années 2000. L'objectif intermédiaire de 50 % d'énergies renouvelables dans le mix électrique à l'horizon 2020 n'a pas été atteint dans tous les territoires. En 2022, selon le Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE), la part des énergies renouvelables dans la production électrique était de :

34,7 % en Guadeloupe

26,1 % en Martinique

37,7 % à La Réunion

72,0 % en Guyane — grâce au barrage hydroélectrique de Petit-Saut, une exception notable

Le chemin vers l'autonomie énergétique reste donc long, et le secteur des transports en est l'un des plus gros chantiers.

Les transports : le talon d'Achille énergétique de nos territoires

Le chiffre est brutal. En Martinique, les transports représentent 51 % des émissions de CO2 liées à la combustion de produits fossiles. C'est la moitié de notre empreinte carbone liée à l'énergie qui sort de nos pots d'échappement!!!

En Guadeloupe, les carburants importés pour les transports représentaient en 2022 près de 70 % des consommations finales d'énergie de l'archipel — une donnée qui illustre mieux que n'importe quel discours à quel point notre mobilité quotidienne dépend d'un or noir importé, dont le prix fluctue au gré des marchés internationaux et des crises géopolitiques.

La transition vers l'électrique n'est donc pas seulement un enjeu environnemental pour nos territoires. C'est un enjeu d'indépendance économique. Chaque litre d'essence acheté à la pompe, c'est de l'argent qui quitte notre île pour financer des importations. Chaque kilowattheure produit localement à partir du soleil ou du vent, c'est un pas de plus vers une économie que l'on maîtrise.

Sources : CESE, « Quelles transitions énergétiques pour les Outre-mer ? » (2024) ; ADEME, librairie.ademe.fr ; EDF Guadeloupe, Bilan Prévisionnel 2022.

LA MARTINIQUE EN 2026 : OÙ EN SOMMES-NOUS ?

Un parc électrique qui décolle, mais lentement

En Martinique, environ 2 420 véhicules électriques circulaient au 1er janvier 2024, selon les chiffres de l'AVERE Martinique. Un chiffre en progression, mais encore marginal au regard d'un parc automobile total qui compte plusieurs dizaines de milliers de véhicules en circulation. Les projections tablent sur 8 000 véhicules électrifiés à l'horizon 2030 — soit moins d'un dixième de la flotte actuelle.

Le réseau de recharge public compte environ 209 points de recharge recensés sur le territoire en août 2025, selon un décompte de l'association. Un maillage qui progresse, mais qui reste insuffisant pour répondre à une montée en puissance rapide du parc électrique, en particulier dans les zones rurales et les communes les plus éloignées des axes principaux.

Trois freins structurels qui bloquent la transition en Martinique

Pour la grande majorité des Martiniquaises et des Martiniquais, la transition vers l'électrique se heurte aujourd'hui à trois obstacles majeurs et cumulatifs.

Premier frein : le prix à l'achat. Un véhicule électrique neuf représente un investissement souvent supérieur de 10 000 à 20 000 euros à un modèle thermique équivalent. Dans un territoire où le pouvoir d'achat est sous pression et où l'octroi de mer vient encore renchérir le coût des produits importés, ce différentiel est rédhibitoire pour une large partie de la population.

Deuxième frein : l'inadaptation du réseau de recharge aux usages professionnels intensifs. Pour les loueurs, les professionnels du transport et toutes les entreprises qui font tourner leurs véhicules toute la journée, le temps de recharge est incompatible avec les temps de rotation nécessaires à leur activité. C'est précisément le sujet que nous avons abordé dans PARECHOC avec Sébastien Gintz et ses deux Méhari électriques à l'Hôtel Bakoua : une initiative pionnière, mais qui met aussi en lumière les limites actuelles du système.

Troisième frein : le coût de l'entretien et des pièces détachées. En Martinique, les pièces pour les véhicules électriques sont encore rares, coûteuses et longues à obtenir. Les techniciens spécialisés sont peu nombreux. Et lorsqu'une panne survient, l'immobilisation peut durer plusieurs jours, voire plusieurs semaines — une réalité qui dissuade les professionnels autant que les particuliers.

Un atout : un territoire à la taille idéale pour l'électrique

Pourtant, à bien y réfléchir, la Martinique coche toutes les cases géographiques pour accélérer la transition. Une superficie réduite, une mobilité quotidienne concentrée autour de l'axe Fort-de-France – Le Lamentin – Le Robert, des distances moyennes journalières bien inférieures à l'autonomie d'un véhicule électrique moderne. L'ADEME rappelle que la mobilité quotidienne moyenne en France est de 23 kilomètres par jour — un trajet qu'un électrique d'entrée de gamme peut effectuer plusieurs fois sur une seule charge.

En d'autres termes : les arguments techniques contre l'électrique — « l'autonomie insuffisante », « la peur de tomber en panne » — sont ici moins valides que sur les grands territoires métropolitains. Ce qui manque, c'est l'infrastructure, la compétitivité tarifaire, et la confiance dans un écosystème de maintenance encore balbutiant.

Sources : AVERE Martinique, averemartinique.fr ; ADEME ; entretiens PARECHOC (Luca Nieddu, Sébastien Gintz).

2035 ET APRÈS : VERS QUEL FUTUR ÉNERGÉTIQUE POUR NOS ÎLES ?

Le mix énergétique : la clé de tout

Rouler en électrique n'a de sens environnemental que si l'électricité qui recharge votre véhicule est elle-même décarbonée. Et c'est là que le sujet devient passionnant pour nos territoires.

La Martinique a opéré une progression significative : d'environ 9 % d'énergies renouvelables dans son mix électrique il y a encore quelques années, l'île est passée à environ 25 % — un rattrapage notable, mais encore très insuffisant pour valider la promesse écologique du tout-électrique. Si vous rechargez votre voiture sur une électricité produite par une centrale au fioul, le bilan carbone reste défavorable.

C'est pourquoi l'AVERE Martinique, dans ses prises de position, insiste sur la nécessité de coupler le développement du véhicule électrique avec celui des énergies renouvelables locales — solaire photovoltaïque en tête — et du stockage par batteries de seconde vie. Un écosystème vertueux qui transformerait nos toits en mini-centrales, nos voitures en batteries mobiles, et nos îles en territoires réellement autonomes.

Les nouvelles règles européennes : une chance déguisée pour les DOM ?

L'assouplissement de l'objectif 2035 par l'Union européenne (90 % de réduction des émissions au lieu de 100 %) peut sembler une mauvaise nouvelle pour le climat. Mais pour les territoires ultramarins, il offre peut-être un espace de respiration qui n'est pas sans intérêt.

En maintenant une fenêtre pour les hybrides rechargeables et les véhicules à prolongateur d'autonomie, les nouvelles règles européennes permettent une transition plus progressive — particulièrement utile dans des territoires où l'infrastructure de recharge et le tissu de maintenance doivent encore se construire. Une voiture hybride rechargeable qui peut effectuer ses 80 kilomètres quotidiens en tout électrique (rechargée la nuit sur une prise domestique ou sur le lieu de travail) tout en conservant le moteur thermique comme filet de sécurité représente une solution intermédiaire réaliste pour la Martinique d'aujourd'hui.

En revanche, une chose est certaine : le thermique pur — pas d'électrification, pas d'hybridation — est condamné à disparaître du marché des véhicules neufs. Pas en un jour, pas par décret. Mais inexorablement.

Ce que vous devez retenir

2035 n'est plus synonyme de « zéro thermique » total en Europe : l'objectif passe de 100 % à 90 % de réduction des émissions CO2 sur les flottes neuves. Les hybrides rechargeables et les prolongateurs d'autonomie restent envisageables.

Les véhicules thermiques d'occasion pourront toujours être achetés et utilisés au-delà de 2035.

Pour la Martinique et les autres DOM, la loi française de 2015 fixait dès 2030 un objectif d'autonomie énergétique dans les transports — un objectif non atteint, qui reste à portée si les investissements nécessaires sont engagés.

Les transports représentent 51 % des émissions CO2 de Martinique : c'est là que l'effort est le plus urgent.

Avec ~2 420 véhicules électriques et ~209 points de recharge publics, la Martinique a amorcé sa transition — mais le chemin vers les 8 000 VE projetés en 2030 est encore long.

Le vrai enjeu pour nos territoires n'est pas seulement le moteur du véhicule, mais bien la source de l'électricité qui le fait rouler : sans accélération du solaire, de l'éolien et du stockage, l'électrique martiniquais reste partiellement alimenté par des centrales au fioul.

Ce n'est pas une contrainte. C'est une opportunité.

La transition énergétique de la mobilité n'est pas une punition bruxelloise infligée aux Martiniquais. C'est une chance historique pour des territoires qui importent 80 % de leur énergie, et qui subissent de plein fouet chaque hausse du prix du baril, chaque crise géopolitique, chaque variation des cours du pétrole.

Décarboner nos déplacements, c'est reprendre la main sur notre économie énergétique. C'est investir dans un tissu local — bornes de recharge, maintenance, formation des techniciens, énergie solaire — plutôt que d'envoyer chaque année des centaines de millions d'euros de carburant vers des raffineries lointaines.

2035 arrive. Avec ses ajustements, ses souplesses, ses contradictions. Mais la direction, elle, ne change pas. Et en Martinique, en Guadeloupe, en Guyane et à La Réunion, nous avons tout intérêt à ne pas attendre la dernière minute pour prendre ce virage!!!

Article Jean-Marc Wollscheid — GTMAG.fr | Sources : L'Argus, Révolution Énergétique, CESE 2024, ADEME, EDF Guadeloupe (Bilan Prévisionnel 2022), AVERE Martinique (averemartinique.fr), IZI by EDF, INSEE blog, Ministère de la Transition Écologique.

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